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Polepharma : dix ans et une place reconnue aux deux bouts de la chaîne
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Polepharma : dix ans et une place reconnue aux deux bouts de la chaîne

Créé en 2002 à l’initiative d’acteurs publics et privés (industriels de la région Centre et Haute-Normandie, Conseil Général d’Eure et Loir, Dreux Agglo et Comité de développement économique d’Eure-et-Loir – Codel), le cluster français de la production pharmaceutique Polepharma vient de célébrer son dixième anniversaire ce 19 septembre à Dreux. Retour, avec son directeur, Fabien Riolet, sur le parcours d’une expérience novatrice lancée trois ans avant la création des premiers pôles de compétitivité par le gouvernement français.

BioPharmAnalyses : Polepharma fête ses dix ans. Pouvez-vous nous rappeler les raisons et les motivations ayant conduit à la création de cette structure qui regroupe aujourd’hui 150 membres dans les régions Centre, Haute et Basse-Normandie et Ile-de-France ?

Fabien Riolet : Polepharma est né dans la région Centre, à Dreux qui, comme vous le savez, se situe à trois kilomètres de l’Ile-de-France et à cinq kilomètres de la Haute- Normandie et donc vraiment au coeur de ce grand territoire où se concentrent les usines pharmaceutiques, leurs fournisseurs mais aussi des centres de formation. Au moment de la création de Polepharma, il y a dix ans, on sentait bien que le modèle de l’industrie pharmaceutique commençait à changer, que de nouveaux acteurs montaient en puissance dans le monde. Les professionnels se sont alors dit qu’il fallait fédérer et organiser cet écosystème pré-existant pour qu’il soit globalement plus performant. L’initiative est vraiment partie du terrain. Ce n’est pas non plus un hasard si Polepharma a vu le jour à Dreux et en Eure-et-Loir, la première raison étant la présence d’un tissu industriel très marqué par l’activité pharmaceutique. Ce territoire a aussi su créer un modèle de structuration de son économie en cluster, puisqu’il a déjà vu naître, quelques années auparavant autour de Chartres, la Cosmetic Valley qui est, comme Polepharma aujourd’hui, un cluster interrégional actif sur ce même bassin Centre-Normandie-Ile-de-France. Polepharma est donc né de la conjonction de cette concentration, de cette typicité industrielle particulière du territoire, de la volonté des industriels et de la volonté et du savoir-faire du territoire pour la structuration. C’est la définition même du cluster telle qu’elle est donnée par le théoricien des clusters, Michael Porter de l’université Harvard, à savoir l’alliance intime d’un territoire, d’un tissu industriel et d’un tissu de formation, d’universités, de recherche qui travaillent en réseau pour créer un écosystème vivant et organisé.

BioPharmAnalyses : Dix ans après, quel bilan tirez-vous de l’expérience ? Quels en sont les principaux bénéfices et quelles difficultés majeures avez-vous rencontrées ?

Fabien Riolet : Le premier constat est que dix ans après sa création, Polepharma a réussi à fédérer l’ensemble de son bassin d’activité Centre-Normandie-Ile-de-France qui regroupe 27 000 emplois et concentre la moitié de la production pharmaceutique française. 55 % de cette production est exportée, mais il s’agit d’une moyenne, certaines usines exportant jusqu’à 100 % de leurs productions. Polepharma est devenu aujourd’hui “le” cluster français de la production pharmaceutique et vient en complément, des sept pôles de compétivité santé, qui se situent juste avant nous dans la chaîne de valeur du médicament.

Le cluster a aussi accompagné la mutation de l’industrie pharmaceutique en favorisant son décloisonnement. Ce ne sont pas seulement les laboratoires pharmaceutiques qui ont intégré Polepharma, mais l’ensemble des entreprises qui fournissent l’usine pharmaceutique, de la chimie à la logistique en passant par les machines. Je pense donc qu’un des principaux bénéfices de Polepharma est d’avoir contribué à faire travailler tous ces acteurs ensemble avec pour objectif le benchmarking des meilleures pratiques entre laboratoires, mais aussi entre fournisseurs et laboratoires. Ces fournisseurs travaillant souvent pour d’autres secteurs d’activité, nous avons aussi pu mettre des technologies et des pratiques industrielles issues de l’industrie automobile, de l’industrie aéronautique ou de l’industrie agroalimentaire au service de la compétitivité de nos usines et ce, tout en restant dans l’univers BPF. Une véritable culture de “coopétition” a été mise en place, c’est à dire que des acteurs, laboratoires ou fournisseurs, qui sont le plus souvent en concurrence, ont intérêt à travailler ensemble sur des thématiques définies parce qu’ils en tireront un bénéfice plus important qu’en travaillant chacun individuellement, et ce surtout face à une concurrence mondiale de plus en plus féroce.

Ensuite, Polepharma recevant à la fois un financement public et un financement privé, je pense qu’une de nos principales difficultés réside dans la reconnaissance par l’Etat de nos organisations issues du monde industriel et des régions, avec un mode de fonctionnement un peu à l’anglo-saxonne, c’est à dire une organisation agile, avec des circuits de décision courts et très branchés sur le terrain, les usines, la compétitivité et l’économie réelle. Aujourd’hui, l’Etat a inventé les pôles de compétitivité qui sont majoritairement orientés vers la R&D et reçoivent le soutien de Bercy. Nous avons reçu des aides publiques via la Datar et l’aménagement du territoire, mais il faut bien avouer que le cluster industriel n’est pas un modèle qui intéresse beaucoup l’Etat. On peut le regretter à l’heure où on parle sans cesse de réindustrialisation. Au sein de France Clusters, association nationale des clusters français au sens large (clusters et pôles de compétitivité) dont Polepharma est administrateur, nous nous battons pour montrer que l’économie réelle demande une diversité de modèles en termes d’organisation des clusters, qu’ils soient labelisés pôles de compétitivité ou qu’ils le soient autrement.

BioPharmAnalyses : Quelles transformations principales avez-vous pu observer par rapport au projet initial Polepharma ? Des évolutions qui n’avaient pas été envisagées lors de la mise en route du projet se sont-elles avérées nécessaires ?

Fabien Riolet : Polepharma a pris une place importante dans le paysage de la production pharmaceutique, à la fois par la force des choses et par le travail des industriels depuis dix ans. Je pense que nous n’aurions pas imaginé au départ de l’aventure que nos partenaires institutionnels et industriels nous demanderaient de porter aussi un message de politique industrielle. De ce fait, nous sommes présents aujourd’hui aux deux bouts de la chaîne. Nous travaillons sur des choses très concrètes dans les usines et avec les fournisseurs sur le lean manufacturing, sur la mutualisation des audits fournisseurs, sur l’optimisation des process de qualification et de validation pour que nos usines et l’ecosystème Polepharma soient plus performants. Mais nous sommes aussi présents, ce que l’on n’imaginait pas il y a encore quatre ou cinq ans, pour porter le discours d’une industrie pharmaceutique ancrée en région, créatrice de richesse et actrice de la chaîne de valeur du médicament. La place de la France et de l’industrie pharmaceutique française dans le monde doit être défendue. Le président du LFB, Christian Béchon, l’avait souligné l’année dernière lors de notre congrès annuel. Nous sommes passés en quelques années de la première place pour la production pharmaceutique en Europe à la troisième et nous sommes talonnés par l’Italie. Il faut s’en inquiéter, d’où l’importance pour Polepharma de porter le message du “produire en France” et de la nécessité d’une politique industrielle ambitieuse reposant non seulement sur l’innovation mais aussi sur un appareil industriel promu, soutenu et encouragé et non pas sans arrêt en butte à l’hostilité et à la stigmatisation. Ce message, nous le portons aussi avec les autres organisations du secteur (Leem, Spis…).

BioPharmAnalyses : A l’heure où la situation et l’avenir de l’industrie sont au coeur des enjeux économiques et des priorités nationales, quelles mesures et quelles décisions vous paraissent nécessaires pour maintenir la production pharmaceutique en France et attirer de nouveaux investissements industriels dans l’Hexagone ?

Fabien Riolet : Sans rentrer dans les détails de mesures complexes, les industriels ont avant tout besoin d’être reconnus comme des contributeurs à la richesse française, et non pas seulement comme des postes de coût, voire des parasites. L’industrie pharmaceutique est le deuxième secteur exportateur français et le quatrième en termes d’excédent commercial. Elle est aussi contributeur de santé publique. Mais, au-delà de cette reconnaissance, je pense que les industriels demandent une volonté marquée de continuer à avoir une industrie de santé française forte et rayonnante. Ceci implique à la fois le soutien à l’innovation et le soutien à l’appareil industriel. Les industriels demandent une stabilité fiscale et réglementaire ainsi qu’une stabilité dans la politique de prix pratiquée par l’Etat. Ils veulent un vrai partenariat avec l’Etat, avec des règles du jeu claires et stables qui leur permettent de programmer leurs investissements productifs sur le long terme. Ceci suppose un équilibre dans la politique du médicament entre régulation financière et implications industrielles parce qu’une décision sur la fixation d’un prix, le choix d’une baisse de prix ou une décision de déremboursement a des répercussions dans les usines. Le prochain accord-cadre Leem-CEPS, qui devrait entrer en vigueur pour une durée de trois ans à partir de janvier 2013, revêt donc une importance cruciale.

BioPharmAnalyses : Quelle est la feuille de route de Polepharma pour les mois à venir ? Quels sont en particulier les projets prioritaires sur lesquels vous allez concentrer vos efforts ?

Fabien Riolet : L ‘enjeu pour nous est de continuer à développer, pour nos adhérents et pour notre bassin de production, des outils qui permettront à nos entreprises d’être plus performantes. Notre première priorité est de déployer le projet Polepharma Market Place. Ce projet national, voire européen, a été imaginé par nos adhérents et constitue la première place de marché en France dédiée à l’industrie pharmaceutique. Nous voulons aussi accentuer la culture de la mutualisation en continuant à développer des actions visant à faire coopérer nos membres. Des réflexions sont notamment en cours sur la généralisation des audits fournisseurs. Nous sommes typiquement dans ce système de “coopétition”, où des laboratoires, même s’ils sont concurrents, ont intérêt à réaliser ensemble ces audits.

Par ailleurs, la compétition et les conditions économiques étant de plus en plus dures, nous devons aussi faire en sorte que notre écosystème reste un corps vivant et équilibré. L’identité de Polepharma repose sur l’alliance et sur la collaboration entre donneurs d’ordre et fournisseurs du secteur de la production pharmaceutique et une de nos forces réside dans la présence d’un tissu dense de ces fournisseurs, mais aussi de centres de formation, dans notre bassin d’activité. Il faut donc éviter de prendre de mauvaises habitudes, notamment au niveau des achats pharmaceutiques, ce qui risquerait d’entraîner des dérives fatales pour l’écosystème, à l’image de celles que l’on a connues dans d’autres secteurs tels que l’industrie automobile. C’est une de nos missions pour les années à venir et c’est dans cette optique que Polepharma a lancé cet été le premier colloque national des acheteurs pharmaceutiques. L’objectif ici est de diffuser les bonnes pratiques et de montrer qu’on a tous besoin les uns des autres dans un écosystème.

L’autre axe est celui que nous avons déjà évoqué un peu plus tôt dans cet entretien, avec la place prise par Polepharma aux deux bouts de la chaîne du médicament. La France mérite d’être encore une grande puissance de l’industrie pharmaceutique dans dix ans. Nous voulons continuer à produire dans l’Hexagone et préserver l’emploi et les investissements dans nos territoires, parce que nous avons un vrai bassin de compétences pour cela. Polepharma démontre que l’industrie en région est une richesse et nous comptons donc contribuer, à notre niveau, au maintien de la France dans le paysage de l’industrie pharmaceutique.

Propos recueillis par Anne-Lise Berthier, rédactrice en chef de BioPharmAnalyses

Polepharma en chiffres : 4 régions (Centre, Haute et Basse Normandie, Ile-de-France), 18 départements, 53 % de la production pharmaceutique française – 27 000 emplois – 150 membres (laboratoires pharmaceutiques, fournisseurs de principes actifs, centres de formation, fournisseurs d’équipement, matériel et consommables, prestataires de services, conditionnement, transport, construction…)

Pour en savoir plus :

http://www.polepharma.com

http://www.polepharmamarketplace.com

 

 

 


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