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Genfit séduit investisseurs et petits porteurs
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Genfit séduit investisseurs et petits porteurs

Neuf mois après avoir levé un peu plus de 14 millions d’euros auprès d’investisseurs étrangers pour la majorité, Genfit récidive. La société lilloise, spécialiste des maladies métaboliques et de ses complications notamment hépatiques, vient de procéder à une nouvelle augmentation de capital de cinq millions d’euros. « Les actionnaires individuels, qui occupent aujourd’hui une force non négligeable dans notre actionnariat, souhaitaient fortement avoir la possibilité de participer à une opération avec la même décote que celle octroyée lors de l’augmentation de capital d’avril dernier, explique Jean- François Mouney, président du directoire de Genfit (photo). Nous leur avions alors promis de mettre en place cette opération plafonnée à cinq millions et permettant de bénéficier d’un droit préférentiel de souscription ». L’opération initiée début janvier a été proposée à un prix de 6,98 euros, soit une décote de 20,8 % par rapport à la moyenne des cours de clôture des dix séances ayant précédé la décision de lancement. L’ initiative a été bien accueillie par les petits porteurs et les investisseurs français puisque l’opération a été sursouscrite plus de quatre fois.

Flambée de  114 % en janvier

Alors que l’indice Aurgalys qui mesure les performances des 40 smallcaps des sciences de la vie et de la santé cotées à Paris relève une progression du titre de 114,1 % en janvier, l’attractivité de Genfit continue à se confirmer. «  Depuis deux semaines, des investisseurs américains sont rentrés sur le titre et maintenant 10 à 15 % des actions Genfit sont sans doute dans les mains d’investisseurs américains » note le dirigeant. Cet intérêt vient notamment renforcer la flambée du titre débutée en septembre dernier avec les annonces du groupe de travail commun entre la FDA et l’American Association for the Study of Liver Diseases. Dédié à la stéatohépatite non-alcoolique (NASH – Non-Alcoholic SteatoHepatitis), indication visée par le produit phare de Genfit, le GFT 505, cet atelier a notamment mis l’accent sur la forte prévalence de la maladie aux Etats-Unis et surtout sur l’absence totale de traitements disponibles. Neuf à 15 millions d’Américains seraient affectés par la maladie qui constitue une des principales causes de greffes hépatiques, avec un tableau clinique progressant de la fibrose à la cirrhose puis à l’hépatocarcinome. Face à ce besoin médical élevé et non satisfait, il était logique que l’attention des investisseurs se porte sur les sociétés développant des candidats au traitement de la NASH… Et actuellement, les acteurs présents sont encore peu nombreux et à des stades de développement variés. Leurs candidats appartenant à des classes différentes et visant des stades différents de la pathologie, la concurrence reste très ouverte sur un marché doté de solides opportunités de développement…

Un jeu très ouvert

L’état des lieux de la concurrence en lice montre que si l’américain Intercept Pharmaceuticals apparaît aujourd’hui comme le plus avancé, rien ne l’assure d’être le premier à franchir la ligne d’arrivée de la mise sur le marché. L’étude de phase 2 actuellement en cours avec son candidat, l’acide obéticholique (ligand du récepteur farnesoide X), a certes été arrêtée avant la fin de l’essai, l’objectif primaire d’efficacité étant déjà atteint. Toutefois, les patients traités présentent des anomalies lipidiques avec une augmentation du cholestérol total et du cholestérol LDL (« mauvais » cholestérol) et une baisse du cholestérol HDL, ce qui devrait conduire la FDA à demander une étude sur les effets cardiovasculaires du traitement. Une autre étude, dont les résultats sont attendus d’ici fin 2015, est également en cours au Japon chez le partenaire d’Intercept, Dainippon Sumitomo Pharma. Chez l’américain Conatus Pharmaceuticals, c’est un inhibiteur de caspase, l’emricasan, qui devrait entrer en phase 2 exploratoire au 1er semestre 2014. La société indique que les résultats pré-cliniques suggèrent un effet inhibiteur de la molécule sur l’apoptose, la fibrose et l’inflammation du foie.

Autre acteur présent, l’américain Gilead évalue un anticorps monoclonal antifibrotique, le simtuzumab (GS-6424). Dirigé contre une enzyme intervenant dans la réticulation des fibres de collagène, la lysyl oxydase-like 2 (LOXL2), cet anticorps est en phase 2b et la fin de l’essai est attendue en 2015. Fin 2013, la FDA a également accordé un statut d’évaluation prioritaire (Fast Track) au GR-MD-O2 (galactoarabino-rhamnogalacturonate) de l’américain Galectin Therapeutics, mais la molécule n’en est encore qu’à la phase 1 des essais cliniques. Enfin, on notera que plusieurs produits déjà autorisés dans d’autres indications, notamment des indications hépatiques, sont actuellement étudiés dans le traitement de la NASH. C’est le cas notamment de la rifaximine en cours d’évaluation chez l’américain Salix Pharmaceuticals  pour la prévention d’une des dernières étapes de la maladie, la cirrhose décompensée. Des travaux sont également menés dans des universités européennes et chinoises pour évaluer l’efficacité d’antidiabétiques, en l’occurrence le liraglutide et la pioglitazone, dans cette nouvelle indication.

Du coté de Genfit, le GFT505 est actuellement en phase 2b et les données obtenues aux niveaux pré-clinique et clinique indiquent une possibilité d’utiliser la molécule à tous les stades de la pathologie, depuis la fibrose jusqu’à l’évolution vers le cancer du foie. Les études déjà réalisées montrent ainsi une efficacité sur les paramètres histologiques de la maladie, avec notamment un arrêt du développement de la fibrose, une régression de la stéatose et une amélioration des marqueurs du dysfonctionnement hépatique. Par ailleurs, dans les différentes études de phase 2 menées avec le GFT505, les résultats indiquent qu’il diminue le taux de cholestérol-LDL et augmente le taux de cholestérol-HDL. « Aujourd’hui, 270 patients sont traités dans cet essai de phase 2b et 70 d’entre eux ont dépassé le stade des dix mois de traitement. Les résultats définitifs sont prévus pour la fin 2014 », souligne Jean-François Mouney. Conformément à sa stratégie, Genfit ne devrait pas assurer seul la phase 3 du GFT505 et s’est donc mis en quête d’un partenaire. Quant à l’avenir du GFT505 et de ses dérivés, il pourrait encore réserver quelques opportunités de développement intéressantes. Des données pré-cliniques toutes récentes indiquent que le GFT505 est capable d’inhiber la prolifération de cellules cancéreuses de différentes origines. Enfin, précise le président de Genfit, « il ne nous paraît pas aberrant d’examiner les « petits cousins » du GFT505 dans d’autres types d’affections avec une composante fibrotique importante ».

Anne-Lise Berthier


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