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MI-mAbs pour les anticorps monoclonaux à Marseille
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MI-mAbs pour les anticorps monoclonaux à Marseille

L’immunothérapie est aujourd’hui considérée comme une des voies les plus prometteuses en oncologie. Alors que ces traitements visent à remettre les tumeurs ayant développé des mécanismes d’échappement sous le contrôle du système immunitaire, les premiers produits commercialisés contribuent d’ores et déjà à améliorer la survie à long terme, avec des réponses durables chez 25 à 30% des patients dans le mélanome et le cancer du poumon et des survies pouvant aller jusqu’à cinq, voire dix ans, chez certains malades atteints de mélanome. Les produits en question, les anticorps Yervoy® (ipilimumab) et Opdivo® (nivolumab) de BMS et Keytruda® (pembrolizumab) de Merck&Co, agissent via l’inhibition de deux des points de contrôle du système immunitaire (immune checkpoint) les plus « en vue » actuellement, le CTLA-4 ainsi que le récepteur PD-1 (Programmed cell Death1 – récepteur présent à la surface des lymphocytes T activés) et son ligand PD-L1. Ici, le choix de la « bonne » cible est certes déterminant, mais il ne suffit pas pour s’engager dans un développement pharmaceutique coûteux. « Généralement, le secteur académique fournit des cibles potentielles, mais pas les données démontrant l’existence d’une fenêtre thérapeutique potentielle  sur modèles animaux et sur cellules de patients. C’est pour combler ce chaînon vers la recherche industrielle et la médecine translationnelle qu’a été initié le projet MI-mabs », souligne son directeur scientifique François Romagné.

Traiter quatre à cinq cibles par an

A l’interface entre recherche fondamentale et industrie, MI-mabs vient maintenant d’enregistrer la signature de l’accord de consortium entre ses fondateurs, Aix-Marseille Université et sa filiale Protisvalor, le CNRS, l’Inserm, l’Institut Paoli-Calmettes, le Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy (CIML), le Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille (CRCM), le Centre d’Immunophénomique (Ciphe) et les industriels Innate Pharma et Sanofi. La structure, qui bénéficie d’un financement de 19 millions d’euros via le programme des Investissements d’Avenir, vise à accélérer la mise au point d’anticorps pour le traitement de cancers et de maladies inflammatoires. « Nous amenons des méthodes de génération, de production et de qualification des anticorps avec un niveau de qualité industrielle auxquelles les chercheurs académiques n’ont pas accès » indique François Romagné. Dans la pratique, MI-mabs compte aujourd’hui un effectif de 15 scientifiques et ingénieurs et dispose d’équipements spécifiques (robots pour la production d’anticorps monoclonaux en série, appareils de pharmacologie pour la validation de cibles…) hébergés pour l’instant dans les laboratoires du CIML et du Ciphe. A compter de 2016, ce centre d’immunotechnologie s’installera dans ses propres locaux sur le site du campus de Marseille-Luminy, à proximité d’Innate Pharma et du CIML. Au niveau des cibles thérapeutiques étudiées, MI-mabs se base sur la richesse du vivier marseillais avec les recherches du CIML et du CRCM. « Nous envisageons de traiter quatre ou cinq cibles par an lorsque nous serons dans nos propres locaux et ces travaux sous-entendent la génération d’un panel d’anticorps, la sélection du meilleur candidat, la production des modèles animaux nécessaires et la réalisation des tests pharmacologiques in vitro et in vivo », précise le directeur scientifique. Actuellement, quatre projets, deux d’origine académique et deux d’origine industrielle, sont en cours chez MI-mabs et les premières cibles devraient être validées à échéance de deux ans. Si les deux partenaires industriels du consortium, Innate Pharma et Sanofi, disposent d’un droit de premier refus sur les projets d’origine académique, la structure est ouverte à des projets de toute origine industrielle, y compris des projets issus d’entreprises internationales.

Catalyseur marseillais

           Créé dans le cadre du cluster Marseille Immunopôle, MI-mabs en est aujourd’hui le premier projet phare. « MI-mabs a joué un rôle de catalyseur et a contribué à prendre conscience de la force de Marseille dans l’immunologie », note François Romagné. Initié en 2013, Marseille Immunopôle regroupe aujourd’hui Aix-Marseille Université, l’Inserm, le CNRS, l’Institut Paoli-Calmettes, le CIML, le CRCM, le Ciphe, le laboratoire TAGC, ainsi qu’une cinquantaine d’entreprises du secteur et compte quelque 780 scientifiques, 2 000 médecins et 40 équipes de recherche. L’ambition est de positionner la cité phocéenne comme la capitale européenne de la R&D sur les immunothérapies. Les enjeux médicaux et économiques sont majeurs puisque l’oncologie est aujourd’hui le premier marché pharmaceutique, avec un montant de 67 milliards de $, en croissance de 8,5 %. Sur ce segment, l’immuno-oncologie représente quelque 25 à 35 milliards de $ d’ici cinq à dix ans, avec notamment des ventes évaluées dans le rapport « EvaluatePharma® Orphan Drug Report 2014 » à six milliards de $ en 2020 pour Opdivo®, à 3,8 milliards de $ pour Keytruda® et à 2,3 milliards de $ pour Yervoy®. Il est d’ailleurs à noter que la cible de Yervoy®, le CTLA-4, a été identifiée et clonée par l’équipe de Pierre Goldstein au CIML en 1985. Les prochaines étapes pour Marseille Immunopôle se centrent maintenant sur le renforcement des liens avec les unités cliniques du CRCM et de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille afin, notamment de mieux structurer les essais cliniques précoces en immunothérapie. Dans cette optique, une demande de labellisation DHU (Département Hospitalo-Universitaire) portée par Aix-Marseille Université est en cours d’évaluation.

Anne-Lise Berthier

Rédactrice en chef de BioPharmAnalyses

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