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Biotech en France : une situation toujours en maturation
Analyses

Biotech en France : une situation toujours en maturation

Pour sa dixième édition, le Panorama 2012 de l’industrie des sciences de la vie présenté chaque année par France Biotech a été  effectué avec Ernst&Young. Si cette nouveauté en change le format, le périmètre des sociétés étudiées reste le même, autorisant la comparaison avec les études précédentes (1). Ainsi que l’illustre la carte ci-contre, six régions sur les 22 que compte la France métropolitaine abritent à elles seules 75 % des entreprises du secteur (144 sur 190). Si les régions Ile-de-France (63 sociétés)  et Rhône-Alpes (32) concentrent à elles seules la moitié des compagnies de l’échantillon (95 sur 190), se confirme aussi l’existence d’une base solide dans le sud avec le Languedoc-Roussillon (15), et les régions Midi-Pyrénées et Provence Alpes Côte d’Azur (11 sociétés chacune). A l’ouest, seuls les Pays de la Loire et la Bretagne, avec respectivement 12 et 9 sociétés, tirent leur épingle du jeu.

Une masse critique en progression

En termes de statut, la Jeune Entreprise Innovante (JEI), statut qui peut être accordé aux PME de moins de huit ans consacrant plus de 15 % de leurs charges à des dépenses de R&D, reste largement plébiscitée par l’industrie des sciences de la vie. Alors que 51 % des entreprises du panel possèdent ce statut, son intérêt et sont utilité sont plus particulièrement mis en avant pour le recrutement du personnel de R&D (52% des sociétés du panel), pour le lancement de nouveaux projets de R&D (49 %) ou encore pour la réalisation d’investissements du matériel de R&D (41%).
Autres enseignements de la version 2012 du Panorama de l’industrie des sciences de la vie, la progression de la masse critique des sociétés en France et de leurs effectifs, avec cependant, la persistance d’une faiblesse importante, à savoir le manque d’établissements de taille intermédiaire (ETI). L’effectif moyen est certes passé de 12 à 22 personnes, mais 80 % des sociétés ont moins de 30 employés et cette catégorie des ETI reste largement sous-représentée, puisqu’une seule société, Transgène, compte un effectif supérieur à 250 personnes.
A l’instar de l’industrie internationale des sciences de la vie, les sociétés françaises ont une activité essentiellement centrée sur le secteur de la santé. 43 % des entreprises sont actives en santé humaine, 32 % dans les dispositifs médicaux et 17 % en santé animale. Leur portefeuille de produits continue à se développer, augmentant de 212 en 2010 à 320 et on note aussi une progression importante du nombre de produits commercialisés passé de 11 en 2010 à 20 en 2011.

Les données du Panorama 2012 illustrent aussi la force de l’impact de la crise économique et du changement des modalités du crédit impôt recherche (réduction des taux, modification de l’assiette, plafonnement de certaines dépenses…) sur le secteur. Le nombre de créations d’entreprises a accusé une chute brutale de 47 % , avec seulement 24 créations en 2011 contre 46 en 2010. Parallèlement, la crise a fait exploser le nombre des fermetures d’entreprises qui a progressé de 400 % entre 2008 et 2011. Au cours des deux dernières écoulées, ce sont ainsi 45 sociétés qui ont mis la clé sous la porte….

Un financement toujours difficile

Le tour d’horizon du financement de l’industrie des sciences de la vie en Europe illustre une persistance inquiétante des difficultés du secteur à se financer. Entre 2010 et 2011, la chute des financements (levées de fonds, introductions en bourse, refinancement en bourse ou follow-on….) atteint 35 %, avec une situation assez contrastée selon les sources de financement et les pays concernés. Ainsi, les levées de fonds du capital risque ne reculent que de 14 % en 2011 alors que dans le même temps les refinancements en bourse baissent de 47 %, ce qui explique l’essentiel de cette diminution. Trois pays ont ainsi accusé une baisse drastique des financements issus du capital risque, à savoir l’Allemagne (-70%), la France (-60%) et le Royaume-Uni (-31%), tandis que la Suisse a réussi à se maintenir en augmentation. Néanmoins, il est à relever que cette situation dépend essentiellement d’une opération majeure réalisée fin 2011 par une société spécialisée dans le diagnostic moléculaire, Biocartis. Cette dernière est ainsi parvenue à lever 71 millions d’euros auprès d’un consortium diversifié d’investisseurs incluant aussi bien des family office, des fonds issus de groupes pharmaceutiques, que le Wellcome Trust ou encore le groupe Philips.

Alors que cet exemple illustre à la fois la sélectivité croissante du capital risque et la concentration des investissements sur quelques acteurs jugés comme ayant un positionnement privilégié dans des domaines clés, la situation française en 2011 s’est caractérisée par une raréfaction des capitaux privés, qu’ils soient issus du capital risque ou des introductions en bourse. Globalement, les investissements ont reculé de 40%, avec une baisse de 25 % pour les financements issus du capital-risque (121 millions en 2011 contre 163 en 2010), le secteur biotech étant beaucoup plus affecté que le secteur des medtech. Entre 2010 et 2011, le capital risque  a investi 60 millions d’euros de moins dans la biotech, passant de 113 millions d’euros en 2010 à 53 en 2011 (-53%), tandis que les medtech ont connu une dynamique inverse avec l’injection de 18 millions d’euros supplémentaires et une progression des investissements de 50 millions d’euros en 2010 à 68 millions d’euros en 2011 (+36%).

Mesures à préserver

Bien que la période actuelle semble peu propice à l’investissement boursier, c’est néanmoins de la  Bourse que pourrait apparaître une petite lueur d’espoir. Avec cinq introductions réalisées en 2010 et six en 2011, les marchés boursiers ont joué un rôle de relais du capital risque pour le financement du secteur biotech et medtech en France. Si ces opérations ont permis de lever 115 millions en 2010 (76 pour la biotech et 39 pour le medtech) et 83 millions en 2011 (76 pour le medtech et 7 pour la biotech), l’année 2012 semble aussi débuter sous de bons auspices, avec déjà plus de 120 millions récoltés sur les marchés. Néanmoins, la situation reste toujours plus favorable aux medtech, avec 96 millions levés contre 25 millions d’euros pour la biotech, opération réalisée via l’entrée en bourse du spécialiste de la formulation de protéines thérapeutiques Adocia au tout début de l’année.

Alors que ce dernier Panorama confirme la lente maturation du secteur biotech en France, force est de reconnaître qu’il reste autant à progresser pour trouver de nouvelles alternatives de financement et de développement qu’à éviter de perturber des équilibres souvent difficilement atteints. C’est ainsi que France Biotech a souhaité alerter le gouvernement sur le rôle fondamental des incitations fiscales prévues par la loi TEPA (loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat) dans le financement des PME innovantes. “Depuis 2008, la loi TEPA a permis de diriger environ un milliard d’euros par an vers nos PME innovantes“, souligne le président de l’association, André Choulika, qui s’inquiète de l’impact négatif que pourrait avoir une réduction et/ou un plafonnement des incitations fiscales permettant aux particuliers de déduire de l’ISF 50 % des montants investis dans le capital de ces sociétés. “L’efficacité des aides publiques (OSEO, CIR, JEI…) passées et futures risque d’être totalement remise en cause si les sociétés ne peuvent plus accéder à l’investissement en capital et au marché boursier. Le contexte boursier international et la frilosité des investisseurs institutionnels rendent plus que jamais indispensables le maintien, et même, l’expansion de l’investissement des particuliers dans le capital risque et les entrées en bourse des PME“, insiste-t-il.

(1) Les sociétés incluses dans l’étude sont des sociétés de l’industrie des sciences de la vie investissant au moins 15% de leur chiffre d’affaires dans la R&D, critère d’éligilité pour le statut de Jeune Entreprise Innovante (JEI). 190 sociétés ont été interrogées et  l’analyse des données conjoncturelles et financières a été réalisée par Ernst&Young.


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