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Une phase I mal conçue et mal réalisée peut « tuer » un produit
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Une phase I mal conçue et mal réalisée peut « tuer » un produit

Un entretien avec Régine Rouzier, présidente de la CRO Cap Research

 

Quel élément central conditionne la réussite d’une étude de phase I ?

La réussite d’une étude de phase I passe par la rapidité dans l’exécution et par la qualité du travail rendu. Ce sont les deux piliers fondamentaux d’un essai clinique.
Les études de phase I sont menées avec des volontaires sains, mais la preuve du concept est souvent réalisée avec des patients atteints de la maladie ciblée. La qualité des études sur volontaires sains va avoir un impact très fort sur les études sur patients qui sont aussi des phases précoces. Le choix du centre investigateur est donc déterminant car il faut pouvoir être certain de la qualité des résultats.  Il faut sélectionner son centre de phase I avec minutie et éviter que son étude se retrouve à être un numéro parmi tant d’autres. Il y a donc plusieurs facteurs qui interagissent.

Quels sont les éléments qui jouent un rôle fondamental ?

En phase I, la partie volontaires sains est assez standardisée. Mais la suite avec la preuve du concept peut être plus compliquée et le champ des pathologies est très ouvert : diabète, sida, hépatite C, lupus, cancers…. Il est donc très important que l’investigateur ait non seulement l’expérience des essais cliniques avec des volontaires sains mais aussi avec des patients. Pour une preuve de concept, beaucoup pensent qu’il faut ouvrir de nombreux centres pour aller vite. Cela peut être le cas pour les maladies rares, mais dans de nombreux situations, il suffit d’un ou deux centres « bons recruteurs ». C’est plus facile à gérer et moins coûteux en personnel et en argent. Enfin, cela peut être très stimulant pour une CRO à taille humaine. La relation avec le promoteur y est très proche et chaque client y est très important.
Réussir sa phase I nécessite donc de bien définir ce que l’on cherche et ce que l’on veut démontrer. Le protocole est un élément clé et il doit être conçu en impliquant l’ensemble des parties : investigateur, promoteur et CRO. Un bon relationnel entre les parties et un rapport de confiance sont donc importants.
L’expérience est aussi nécessaire pour évaluer correctement la faisabilité d’un protocole. On remarque souvent des coquilles, des copier /coller entre protocoles avec la présence d’examens parfois inutiles à un stade précoce du développement. Il ne faut pas non plus confondre les critères demandés pour un volontaire sain avec ceux requis pour un volontaire patient par exemple. Le développement du produit peut alors être retardé si les critères de sélection sont trop restrictifs et si l’on n’a pas bien ciblé le but de la recherche. Cela peut aussi engendrer des coûts supplémentaires inutiles.
Les promoteurs ont souvent tendance à vouloir mesurer un trop grand nombre de paramètres dès la phase I. Or il faut rester réaliste sur le nombre et le type d’examens qu’on peut demander à un volontaire. S’il est prévu un trop grand nombre d’examens et notamment des examens invasifs tels que des ponctions lombaires ou des biopsies, il faut bien en peser la nécessité et savoir dire au promoteur « Mettez-vous à la place du patient et de la personne qui va l’accompagner pendant l’essai ». Le patient doit aussi être très participatif.  C’est un gage de succès et cela ne peut se faire que si l’investigateur prend du temps avec son patient.
De plus, l’accumulation d’examens entraîne une pléthore de résultats parfois difficiles à interpréter lors d’un développement précoce, sans pour autant être directement utiles à l’étude. L’important est d’être efficace et c’est aussi le rôle de la CRO d’intervenir auprès du promoteur pour l’alerter sur la faisabilité de son protocole et sur les problèmes qu’il risque de rencontrer avec les patients et les volontaires sains.

Quels écueils majeurs peut-on rencontrer dans la préparation d’un protocole de phase I ?

J’insiste mais il est essentiel de bien cerner les critères d’inclusion et les critères d’exclusion des participants à l’étude. Si votre étude porte sur des volontaires sains, il n’y a souvent pas de marqueurs de pathologie pour vérifier l’efficacité du produit et inversement, il n’est pas non plus possible de demander à des patients de présenter un bilan de volontaire sain avec des marqueurs de pathologie.
La création d’un protocole doit impliquer trois types d’acteurs : les scientifiques qui connaissent le produit, le spécialiste de la pathologie à traiter et le spécialiste des essais cliniques. Chacun d’entre eux a un rôle et une expérience importante. Il faut aussi prévoir qu’en cas de résultats satisfaisants, le produit étudié passera en phase II et ce passage doit être anticipé dès la phase I.
N’oublions pas qu’une phase I mal conçue et mal réalisée peut littéralement « tuer » un produit. Il est donc indispensable de bien choisir ses interlocuteurs et sa CRO, de prendre le temps de rédiger un bon protocole conçu sur mesure pour le produit et pour la pathologie et pour permettre un passage rapide vers la phase II. C’est aussi cela réussir sa phase I. Comme disait Talleyrand à son valet : « va doucement Jean, je suis pressé ».

 


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