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TWB : la biotech toulousaine au service de la bioproduction industrielle
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TWB : la biotech toulousaine au service de la bioproduction industrielle

            La plate-forme Toulouse White Biotechnology (TWB) s’élargit vers la santé et s’ouvre à l’international. Outre les trente membres déjà engagés depuis 2012, TWB vient d’accueillir dix partenaires supplémentaires au rang desquels figurent les biotech Affichem et Tolerys ainsi que le groupe américain Agilent Technologies, spécialiste de l’instrumentation pour les sciences de la vie (1). Au total, les quarante partenaires du consortium se répartissent entre établissements publics d’enseignement et de recherche (INRA, CNRS, INSA, ICT), collectivités territoriales (3), pôles de compétitivité (2), sociétés de valorisation (3) investisseurs (5), PME (11) et grands groupes (11).  Retenue en 2011 dans le cadre du programme des investissements d’avenir (PIA) et de son appel d’offres « Démonstrateurs pré-industriels », la plate-forme TWB est destinée à accélérer le transfert des résultats de la recherche vers des applications industrielles dans tous les secteurs de la chimie, des bioplastiques aux biocarburants en passant par l’industrie pharmaceutique.

            « Nous avons saisi cette opportunité de lancer des projets très ambitieux sur dix ans, avec des investissements conséquents, souligne Pierre Monsan, directeur et fondateur de TWB. L’idée était de mettre en place un projet autour des biotechnologies industrielles et de lui donner une forme aussi simple et efficace que possible d’interface public-privé ». TWB s’est donc centré sur la bioéconomie basée sur l’utilisation du carbone renouvelable, en respectant les filières alimentaires existantes, dans un contexte, à la fois, de pénurie annoncée d’hydrocarbures, de préservation de l’environnement, de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et de développement de procédés éco-compatibles. Dès sa conception, la plate-forme a délibérément opté pour l’intégration de la dimension sociétale dans sa procédure de sélection des projets. «  Il est complètement inutile de développer des produits ou des procédés si, ensuite, il faut se heurter à des problèmes d’acceptation du citoyen et du public, insiste Pierre Monsan. Tous les projets de TWB sont donc examinés non seulement sous leurs aspects scientifiques et technologiques mais aussi avec l’angle du philosophe et du sociologue sur les aspects de l’éthique en particulier et du développement durable. »

Des projets pré-compétitifs ambitieux

            TWB, qui a reçu une dotation de 20 millions d’euros sur dix ans par le PIA, couvre des activités de R&D allant de l’ingénierie biologique (ingénierie enzymatique, ingénierie métabolique, biologie de synthèse) à la mise au point de procédés à l’échelle du pilote pré-industriel, avec le support du laboratoire d’ingénierie des systèmes biologiques et des procédés (LISBP) de l’INSA de Toulouse, du CRITT Bioindustries Midi-Pyrenées et de sept plateaux techniques (analytique, bioinformatique, biotransformation et culture, éthique, évaluation environnementale, ingénierie de souche haut débit, opérations unitaires). Les projets réalisés concernent ainsi les stades pré-compétitif, intermédiaire et compétitif. Dans la pratique, les partenaires industriels payent un droit d’accès aux services et aux prestations de la plate-forme de 5 000 à 75 000 euros par an, en fonction de la taille de l’entreprise et doivent s’impliquer pour trois ans au minimum. « Ces cotisations sont réinvesties dans des projets pré-compétitifs, très risqués et destinés à générer de la propriété intellectuelle, précise Pierre Monsan. Notre objectif est de financer de la science à son meilleur niveau en assumant le risque de l’idée nouvelle et la plate-forme va donc soutenir un chercheur pendant un an sur un projet. Si, au bout d’un an, les résultats sont au rendez-vous, nous poursuivons le financement. Si ce n’est pas le cas, nous l’arrêtons ».

            Autre marque du pragmatisme de la démarche de TWB, la propriété intellectuelle issue des projets pré-compétitifs est répartie à part égale entre chacune des trois tutelles de TWB (INRA, CNRS et INSA). « En contrepartie de leurs cotisations, les partenaires industriels ont la possibilité d’orienter ces recherches très amont vers des points de blocage et ils ont un accès privilégié pendant six mois à la propriété intellectuelle générée par ces projets », ajoute le directeur de TWB. Un des premiers projets pré-compétitifs financés par TWB, le projet CarboYeast, vise ainsi à construire une levure capable d’utiliser le CO2 comme source de carbone afin de lutter contre l’effet de serre. Ce projet très ambitieux a été confié à Denis Pompon, chercheur CNRS, qui, avec Sanofi, a pu construire une levure capable de fabriquer de l’hydrocortisone. « Le procédé est en cours d’industrialisation par Sanofi. Cette avancée est particulièrement intéressante, explique Pierre Monsan. La production d’hydrocortisone requiert une vingtaine d’étapes de synthèse chimique qui nécessitent plusieurs mois. Celle-ci va maintenant pouvoir être réalisée à partir de la culture d’une levure dans un fermenteur selon un procédé très compétitif ».

            Un premier brevet a déjà été déposé et deux autres sont en préparation, les travaux menés ayant montré que les modifications introduites dans la levure engendraient une croissance plus rapide de la souche. « Ce résultat était inattendu. Il illustre exactement notre démarche au sein de TWB, où nous sommes à la recherche de fractures, de résultats qui seront d’autant plus faciles à protéger par des brevets qu’ils seront imprévus et valorisables, relève Pierre Monsan. Nous étudions maintenant la possibilité de créer une start-up à partir de ces travaux ». Actuellement, dix projets pré-compétitifs sont en phase opérationnelle et deux sont maintenant clos pour un montant total de 4,4 millions d’euros.

37 contrats et 9 brevets générés

            Autre type de projets proposés par TWB, les projets compétitifs, au nombre de 22 aujourd’hui, reposent sur des thématiques de recherche finalisées avec un industriel, partenaire ou non membre du consortium. Ici, la propriété intellectuelle générée appartient à l’industriel dans son intégralité. « TWB ne demande pas de redevance, note Pierre Monsan. Si les objectifs sont atteints, l’industriel partenaire paye une prime de succès représentant une à trois fois le coût total de la recherche. » Au total, la plate-forme a signé un total de 37 contrats depuis 2012 pour un montant total de 12,8 millions d’euros et les travaux réalisés ont permis de générer neuf brevets. Des développements que TWB devrait rapidement continuer à amplifier avec son transfert en juin prochain sur un site de Ramonville-Saint Agne récemment libéré par les laboratoires Pierre Fabre. L’opération va lui permettre de multiplier par deux ses surfaces disponibles, passant ainsi de 800 à 1600 m2. Des investissements sont également prévus pour renforcer les capacités de fermentation et de purification. « Aujourd’hui, les outils dont nous disposons permettent d’envisager, de manière très simple à partir de microorganismes, la production de molécules complexes telles que l’hydrocortisone ou l’artémisinine obtenues auparavant par synthèse ou par extraction à partir du végétal, » rappelle Pierre Monsan.

Anne-Lise Berthier

Rédactrice en chef de BioPharmAnalyses

(1)     Les dix nouveaux membres de TWB sont les suisses Givaudan, leader mondial des parfums et des arômes, et Tolerys, l’américain Agilent Technologies, spécialiste de l’instrumentation pour les sciences de la vie, les investisseurs Bpifrance, Auriga Partners et IRDInov et les PME Affichem, AgroNutrition, Eurodia et Ynsect. Les trente membres engagés dans TWB depuis 2012 sont l’INRA, l’INSA, le CNRS, l’ICT, les collectivités territoriales Toulouse Métropole, la région Midi-Pyrenées et le Sicoval, les pôles de compétitivité IAR et Agri Sud-Ouest Innovation, les sociétés de valorisation France Brevets, INRA Transfert et Toulouse Tech Transfer, les investisseurs Demeter et Sofinnova, les PME Carbios, CIMV, Deinove, Global Bioenergies, GTP Technologies, Libragen et Metabolic Explorer et les grands groupes Adisseo, Avril (ex Sofiprotéol), L’Oréal, Michelin, Proteus (PCAS), Roquette Frères, Solvay, Tereos et Total.

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