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La biotech est-elle « soluble » dans la pharma ?
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La biotech est-elle « soluble » dans la pharma ?

Malgré une population équivalente de sociétés de biotech entre le Nouveau monde et la vieille Europe- 1 726 pour les Etats-Unis en 2010, 1 834 pour l’Europe -, le fossé reste béant quand on compare les montants consacrés à la R&D et le nombre de personnels employés de part et d’autre de l’Atlantique. Avec 17,6 milliards de dollars, les Etats-Unis participent pour plus de 77 % à l’effort mondial de R&D biotech, chiffré à 22,8 milliards de dollars par Ernst&Young. Pour autant, l’Union Européenne a encore des cartes à abattre. Car les montants levés par la biotech renouent désormais avec une ère plus faste. Analyse d’un secteur de trente ans d’âge, qui poursuit une croissance dynamique et apparaît comme le levier indispensable au développement présent et à venir de la branche pharmaceutique.
25 ans… Le signe de la jeunesse. Mais aussi un âge où les grandes orientations se dessinent, où les signes de maturité et le sens des responsabilités s’affirment… La publication, en juin dernier, de la 25ème édition du rapport annuel d’Ernst&Young (1) est certes un tout petit peu plus jeune que l’industrie même des biotechnologies. Mais le constat s’adapte tout aussi bien à cette trentenaire dynamique qui, comme toutes les autres industries, a subi l’impact de la crise financière de 2008. Bien sûr, le rapport montre que plusieurs constats dressés il y a vingt cinq ans sont toujours d’actualité : à savoir un capital-risque qui reste limité, des marchés publics toujours timides vis-à-vis du secteur et des incertitudes sur les capacités de certaines entreprises à tenir la distance. Mais, l’univers de l’industrie des biotechnologies n’est tout de même pas totalement sombre … Loin de là…
« Certains défauts sont présents depuis l’origine, mais on observe des changements importants et le secteur enregistre plusieurs points positifs, souligne Pascale Augé (photo), directrice de mission senior chez Ernst&Young. Les revenus générés continuent à augmenter. Les bénéfices sont au rendez-vous aux Etats-Unis pour la troisième année consécutive et l’Europe continue à diminuer ses pertes.» (voir Tableau ci-dessous).
Rebond des budgets R&D en 2010
Premier élément majeur à signaler, cette augmentation continue des revenus est synonyme de l’arrivée sur le marché d’un plus grand nombre de produits issus des rangs de la biotech. Une tendance qui devrait pouvoir se poursuivre notamment au regard de la croissance des portefeuilles de phase II dans les sociétés de biotech européennes, passés d’un peu plus de 400 produits en 2006 à plus de 650 en 2010. Autre point positif à prendre en compte, les taux de succès généralement plus élevés pour les « grosses » molécules biotech. Une étude présentée au début de l’année par l’association américaine des bioindustries, BIO, relevait que celles-ci avaient deux fois plus de chances de réussite que les petites molécules chimiques (2).
Après la période difficile traversée en 2009, l’année 2010 a enregistré un autre signal encourageant pour un secteur dont le moteur est avant tout l’innovation. Bien que les dépenses de R&D restent sous pression, elles reprennent le chemin de la hausse, notamment en Europe, où elles ont progressé de 5 % pour atteindre 3,4 milliards d’euros. Ce chiffre laisse toujours l’Europe loin derrière les Etats-Unis. Bien que les deux continents abritent une population équivalente de sociétés de biotech – 1 726 pour les Etats-Unis en 2010 face à 1 834 pour l’Europe -, le fossé reste béant quand on compare les montants consacrés à la R&D et le nombre de personnels employés de part et d’autre de l’Atlantique. Avec un montant de 17,6 milliards de dollars, les Etats-Unis participent à hauteur de plus de 77 % à l’effort mondial de R&D biotech chiffré à 22,8 milliards de dollars par Ernst&Young. Quant aux effectifs, ils sont plus de deux fois supérieurs aux Etats-Unis.
Une aversion croissante au risque ?
Autre résultat peut être plus significatif encore d’une sortie de crise du secteur biotech : le pourcentage de sociétés réduisant leurs dépenses de R&D a fortement reculé en 2010. Si 64 % des entreprises aux Etats-Unis et 55 % en Europe avaient fait ce choix en 2009, ces pourcentages ont chuté respectivement à 49 % et 45 % en 2010. Les montants levés par la biotech renouent eux aussi avec une ère plus faste. Au total, les financements réunis en 2010 atteignent un total de 25,1 milliards de dollars en Amérique du Nord et en Europe. Ils retrouvent ainsi les niveaux observés sur la période 2004-2007, après la chute spectaculaire de 2008, année qui n’avait permis de ne lever que 16 milliards de dollars. « Attention toutefois, avertit Pascale Augé, ce retour à l’équilibre cache une hétérogénéité majeure. En dépit de ce retour à des montants équivalents, la part du capital dédié à l’innovation, au développement et au risque relativement précoce diminue. » Aux Etats-Unis, celle-ci a chuté de 20 % quand l’ensemble des montants levés a progressé de 15 %. Par ailleurs, plus de 82 % des fonds levés se sont concentrés sur 20 % de sociétés et ce mouvement s’amplifie puisque ces taux atteignaient 78,5 % en 2009 et 68,7 % en 2008, soulignant l’intérêt des investisseurs pour des sociétés ayant déjà atteint un certain degré de maturité. Cette tendance se retrouve aussi pour les introductions en Bourse, qui sont maintenant le fait de sociétés plus « âgées ». Il y a dix ans, l’âge des sociétés se lançant sur les marchés publics était de cinq ans, tandis qu’aujourd’hui il est passé à neuf ans en moyenne. En toute logique, face à des marchés qui ne leur offrent plus de vraies solutions de financement, la Bourse est clairement devenue un « deuxième choix » pour la biotech. Le nombre de sociétés ayant opté pour une introduction en Bourse est passé de 140 sur la période 2005-2007 à moins d’une quarantaine sur la période 2008-2010. Une évolution qui reflète une relative désaffection des sociétés de capital-risque qui privilégient la revente à l’industrie pharmaceutique des biotech dans lesquelles elles ont investi.
Biotechnologies 2010 : quelques points de repère en chiffres
2010 2009 % de variation
Global(mds $) USA( mds $) Europe(mds €) Global USA(mds $) Europe(md €) Global USA Europe
Revenus 84,6 61,6 13 78,3 56,2 11,6 8 % 10 % 12 %
Dépenses de R&D 22,8 17,6 3,4 22,3 17,1 3,23 2 % 3 % 5 %
Bénéfice net (Perte) 4,7 4,9 (0,459) 3,6 3,7 (0,467) 30 % 33 % – 2 %
Nombre d’employés 178 750 112 200 49 060 172 690 106 660 48 660 4 % 5 % 1 %
Nombre de compagnies publiques 622 315 172 622 314 167 0 % 0,3 % 2 %
Nombre total de compagnies publiques et privées 1726
1834
1703
1842
Montants levés 25 20,7 2,88 23,2 18 2,88
(Source : Beyond Borders – Global Biotechnology Report 2011 – Ernst&Young)
Rachats de biotech par les big pharma
Alors que ces constats soulèvent des inquiétudes sur la poursuite du financement des jeunes sociétés, une autre tendance forte du secteur amène aussi à s’interroger sur l’alimentation future du moteur de l’innovation. Après le rachat de l’intégralité de Genentech par Roche en 2009, c’est maintenant un autre des « pionniers » de la biotech, Genzyme, qui est passé dans le giron de Sanofi au début de l’année tandis que, tout récemment en mai, l’israélien Teva se portait acquéreur de Cephalon pour plus de six milliards de dollars. Cette absorption successive des acteurs majeurs de la biotech par une industrie pharmaceutique en quête de nouvelles molécules, si elle marque une forme de consécration et de succès pour ces sociétés, n’en amène pas moins à se demander si cette industrie ne serait pas « soluble » dans la pharma… Ici, le devenir de Genzyme au sein de Sanofi et de Genentech au sein de Roche aura manifestement valeur de test. « Jusqu’à présent, les rachats de biotech par des pharma se sont plutôt traduits par une dilution de l’esprit biotech dans la pharma et par une extinction du potentiel d’innovation de la biotech, rappelle Pascale Augé. La vraie question est maintenant de voir si ces Big Pharma vont réussir à préserver le « capital innovation » des sociétés acquises. Si elles n’y parviennent pas, ces opérations n’auront eu qu’une vision à court terme et ne se projetteront pas au-delà du seul rachat de leur portefeuille actuel. »
Intégrer l’aval
Entre un accès aux financements de plus en plus difficile à la fois pour les biotech et pour les sociétés de capital-risque et un appétit évident de la pharma pour les porte-feuilles des biotech, il apparaît clairement que le tissu bioindustriel peine à se renouveler et à faire émerger de nouvelles pépites capables de prendre le relais. Dans ce contexte, le rôle des Etats va être de plus en plus crucial et l’approche d’élections présidentielles, aux Etats-Unis comme en France, devrait donner l’occasion de promouvoir une série de mesures auprès des candidats potentiels. Aux Etats-Unis, la puissante association des bioindustries, BIO, a déjà tiré le signal d’alarme et vient de profiter de la dernière session du rendez-vous annuel de la biotechnologie internationale à Washington pour adresser une série de propositions législatives (3) et réglementaires visant à faciliter le financement de l’innovation. Celles-ci privilégient deux orientations majeures jugées vitales pour assurer la croissance de l’industrie des biotech et le soutien de l’innovation. Ici, il s’agit de « réinventer » le modèle économique de la biotech et d’appréhender différemment les voies d’accès au marché des médicaments biotech à la fois en réformant le statut de la FDA et son mode de financement et en optant pour des autorisations « progressives ».
35 propositions pour la France
Du côté de la France, l’association France Biotech, présidée par André Choulika, (photo) directeur général du groupe Cellectis, a, elle aussi, choisi de profiter de la « fenêtre de tir » ouverte par l’approche des prochaines présidentielles pour émettre une plateforme de 35 propositions (4) centrées sur l’innovation. Outre des mesures axées sur la chaîne de financement et le soutien des PME, avec une extension du statut de JEI (Jeune Entreprise Innovante) à 12 ans, France Biotech met notamment l’accent sur la nécessaire évolution des politiques de remboursement des diagnostics innovants qu’implique le développement de la médecine personnalisée. Toutefois, souligne Pascale Augé, « la biotech ne met pas assez l’aval en perspective. La biotech est elle aussi confrontée au durcissement de la chaîne en aval. Aujourd’hui, la question est de trouver comment se mettre en adéquation avec cette contrainte de plus en plus forte sur l’industrie pharmaceutique, celle du remboursement. Il lui faut donc les intégrer dès le début du développement et prendre conscience de la nécessité de démontrer l’efficacité relative (relative effectiveness) d’une molécule dans les conditions réelles. La biotech doit s’en rendre compte dès maintenant car ses préoccupations et son mode de fonctionnement sont en train de devenir les mêmes que ceux de la pharma… »
Anne-Lise Berthier
(2) Voir sur PharmAnalyses :  » Médicaments : il faut sauver le soldat « innovation«  »
(3) Unleashing the Promise of Biotechnology , Advancing American Innovation to Cure Disease and Save Lives – Bio –
(4) cf. France Biotech « Manifeste pour une politique de l’innovation industrielle dans les sciences de la Vie«
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Les principales capitalisations boursières aux Etats-Unis et en Europe
(Source : Beyond Borders – Global Biotechnology Report 2011 – Ernst&Young)
Etats-Unis Europe
Sociétés avec une capitalisation= 10 milliards de $ 4(Amgen, Biogen Idec, Celgene, Gilead Sciences) 1(Shire – RU)
Sociétés avec une capitalisationentre 5 et 10 milliards de $ 3(Alexion Pharmaceuticals, Human Genome Sciences, Vertex Pharmaceuticals) 1(Novozymes – DK)
Sociétés avec une capitalisationentre 1 et 5 milliards de $ 23(Alkermes, Almylin Pharmaceuticals, Amyris Biotechnologies, Auxilium, Biomarin, Cubist Pharmaceuticals, Dendreon, Exelixis, Incyte Corporation, InterMune, Ironwood Pharmaceuticals, Jazz Pharmaceuticals, Myriad Genetics, Nektar Therapeutics, Onyx Pharmaceuticals, Opko Health, Pharmasset, Regeneron, Salix Pharmaceuticals, Seattle Genetics, Theravance, United Therapeutics, Viropharma) 8(Actelion – Suisse 

Amarin Corporation – Irlande
Biocompatibles International – RU
Elan – Irlande
Ipsen – France
Meda  – Suède
Qiagen – Pays-Bas)

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